80 milliards d’évasion fiscale et les 50 euros d’Adam

Ecrit par radisrouge sur . Publié dans La politique, c'est la vie. Ou presque, Non classé

Toujours en lutte contre la fermeture du relais de la CAF du quartier Saint-Pierre, les communistes bordelais ont aussi été confronté à une aventure très banale. L’histoire du contrôle d’un allocataire de la CAF. Où l’administration récupère les miettes de ceux qui veulent juste vivre correctement… Mon article pour Les Nouvelles de Bordeaux.

L’autre jour, avec les camarades bordelais, nous faisions signer la pétition pour le maintien du relais de la CAF rue du Mulet. Femmes seules, étudiants mal orientés, travailleurs étrangers,… l’humanité se pressait là et se surprenait qu’on sacrifie des services aussi utiles dans des quotidiens trop souvent difficiles. Une fois n’est pas coutume, Adam avait quelques minutes de retard et est arrivé essoufflé sur son vélo tout juste réparé. « Non mais, Vincent, j’te jure, j’en ai marre là, il a fallu que je range tous mes papiers, que je retrouve tout… Y’a le contrôleur de la CAF qui va passer ! » Dans la rue du Mulet, je découvre l’existence de ce métier qui consiste à vérifier que les allocataires n’ont pas triché.
Les papiers d’Adam ne devaient pas être trop éparpillés, il les avait déjà compilés pour faire sa demande de droit au logement opposable. Installé dans un petit appartement privé, il a découvert l’an dernier que la propriétaire voulait le récupérer. Un peu paniqué, il fait appel aux amis, à l’assistante sociale et se trimballe des semaines entières avec son dossier de paperasse sous le bras. Finalement sans solution, il obtient un délai de la propriétaire. Soulagement.
Adam est seul à Bordeaux, ses parents vivent à l’étranger. Quand l’institution veut donc le contrôler, la panique n’est pas loin mais il est finalement organisé. Le contrôleur de la CAF a-t-il sourit, a-t-il été poli ? Adam ne l’a pas dit. Il était prêt, dans son petit 23m2 : pièce d’identité, carte vitale, relevés d’identité bancaire, taxe d’habitation, feuille d’impôts, relevés bancaires de tous les comptes (il en a trois), 3 dernières quittances de loyer. C’est du lourd, le contrôleur ne va pas se contenter d’une déclaration les yeux dans les yeux, je n’ai pas menti au contrôleur…
Et c’est donc en parcourant ses relevés de comptes que le contrôleur découvrit une chose étrange… Qui s’en serait douté, Adam a une mère et, même si elle vit à l’étranger, elle continue à l’aider. Ah, ces mères… 50 euros. C’est ce qu’elle peut envoyer à Adam chaque mois pour qu’il se soucie un peu moins de l’approche des fins de mois. « Tu comprends Vincent, c’est pour vivre correctement… » Oui, je comprends Adam, ce que fait ta maman. Mais le contrôleur lui, ne comprends pas. A-t-il une maman ?
«
– Ces 50 euros, c’est une libéralité ?
Là, c’est Adam qui ne comprend pas…
– Je ne sais pas, c’est pour vivre correctement quand mon RSA ne suffit pas…
– Comprenez monsieur, on doit considérer que c’est une pension alimentaire.
– Ah. Et qu’est-ce qu’il faut faire ?
– Une attestation sur l’honneur, monsieur, ces 50 euros sont une pension alimentaire.
– C’est grave ?
– Il faut les déclarer, monsieur, sur votre prochaine déclaration trimestrielle. Et à partir de là, on va recalculer.
– Ca veut dire que je perdrais 50 € par mois ?
– Oui, monsieur, à partir du mois de janvier. »

Le lendemain, en chemin pour nous raconter, Adam est tombé de son vélo, lunettes cassées. « En une demi-heure, Vincent, j’te jure, en une demi-heure, j’ai perdu 50 euros. » Adam qui voulait vivre correctement a pris la direction de l’opticien, avec sa carte vitale, son attestation de CMU et sûrement encore d’autres papiers que l’administration allait lui demander. L’administration d’un pays qui perd chaque année entre 60 et 80 milliards d’euros liés à l’évasion fiscale. Divisez par 10 pour trouver le chiffre de la fraude dite « sociale »…

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