Ca slalome encore dans les yeux de Juliette

Ecrit par radisrouge sur . Publié dans L'ovalie, c'est l'école du radis

Dernière chronique pour Les Nouvelles de Bordeaux. Son directeur n’est vraiment pas une lumière: l’aurait mieux fait de me payer le reportage en Angleterre; ca va lui coûter beaucoup plus cher en 2019 au Japon…!

A un coin de table, l’autre soir, pendant le repas du parti, Juliette était encore toute à son émotion. « Oh lala… tu as vu comment ils se faufilent, les néo-zélandais, au milieu des autres…», me dit-elle en dessinant la ligne de la course avec sa main.

Tout sourire, elle conclut : « C’était vraiment beau ; on aurait dit de la danse ! » Juliette a quelque 60 années, s’enthousiasme souvent mais rarement pour le sport. J’ai bien peur que la dernière fois qu’elle a eu à commenter un match de rugby pendant un repas du parti, Serge Blanco avait la silhouette fine et se faufilait lui aussi. Une autre époque… les combats étaient rudes mais jamais aussi puissants qu’aujourd’hui. Et c’est bien cette harmonie entre puissance et continuité du jeu qui impressionne chez les triple champions du monde. Quand ils commencent à s’échapper… ils deviennent des danseurs aux yeux de Juliette et on comprend ce qu’elle voulait dire.
Samedi après-midi donc mais durant toute la coupe du monde, on s’est régalé ; tout le monde me l’a dit, au repas du parti. XV de France à part, cette édition 2015 a conquis le public, connaisseur ou non : les essais ont été nombreux, les surprises au rendez-vous et… une finale à 5 essais, du suspens, des héros… un feu d’artifice ! Cerise sur le gâteau, le trois-quart centre Sony Bill Williams qui offre sa médaille à un jeune spectateur qui avait réussit à pénétrer sur la pelouse au nez et à la barbe de la sécurité… N’en jetez plus !
Après cinq semaines de bravoure, les héros de Twickenham vont enfin pouvoir rentrer… en France ! Oui oui, chez nous… Car ce ne sont pas moins de 5 champions du monde qui jouent dans notre hémisphère et même dans notre championnat. Et côté Australien, Adam Ashley-Cooper (3 essais en demi-finale contre l’Argentine) et Sekope Kepu (zéro carton jaune contre les All-Blacks en finale) joueront leurs prochains matchs au stade Chaban-Delmas ! Oui, Juliette, dans notre bon vieux stade Lescure ! Faut croire qu’on a l’argent pour attirer les stars…
Il y a quelques années, le président de l’Union Bordeaux Bègles dénonçait la trop grande place prise par l’argent dans le sport, et dans le rugby en particulier. Aujourd’hui, il compose et tente de se faire une place dans le « meilleur championnat du monde ». Aucun doute, les spectateurs de l’hexagone donneront des tonnerres d’applaudissement à Dan Carter et aux autres… Quand il est beau, quand il fait briller nos yeux, le spectacle fait souvent taire nos doutes les plus profonds. On est tellement heureux de voir une nation « mineure » faire des étincelles, qu’on en oublie que presqu’un quart de l’effectif japonais était composé de mercenaires néo-zélandais, australiens ou sud-africains chargés de préparer une belle édition 2019… On voit des danseurs slalomer dans la ligne adversaire et on oubli la casse qu’il faut pour que le rugby fasse boum ! comme il fait… On se passe et se repasse l’incroyable drop du magicien Dan Carter et on oublie un peu que le rugby rattrape à grande vitesse les folies spéculatives du football.
Je n’ai pas dit un mot de tout cela à Juliette. Le spectacle était beau et, de nos jours, les belles choses sont trop rares pour les gâter. Faudrait pourtant dire des choses et en faire pour faire reculer l’argent et remettre là aussi, l’humain d’abord. A voir l’émotion du gamin porteur de la médaille de Sony B Williams, comme à voir le sourire radieux de Juliette, j’ose dire que c’est à portée d’humain !

Nonu Carter

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