Femina

Ecrit par radisrouge sur . Publié dans La politique, c'est la vie. Ou presque

Voici le compte-rendu que j’ai fait dans Les Nouvelles, du meeting de Melenchon à Bordeaux.
Il y avait du monde, beaucoup de monde autour du Fémina qui accueillait le premier meeting de Jean-Luc Mélenchon après le vote des communistes en faveur d’une campagne autonome et d’un appel à voter en sa faveur. Retour sur le contenu d’une soirée riche d’enseignements.

Mais d’où venaient-ils, comment étaient-ils venus ces centaines de citoyens, dont une majorité très jeune, aux alentours du théâtre Fémina, ce mardi 29 novembre ? Plein à craquer, le théâtre bordelais accueillait sûrement près de 1 000 citoyennes et citoyens et autant dehors, devant des écrans que l’équipe de campagne de Jean-Luc Mélenchon avait fait mine d’installer en dernière minute. 2 000, 3 000 auditeurs peut-être… C’est autant que le meeting organisé par le Front de gauche à la même période de la campagne présidentielle de 2012 (1). Autant de monde mais sans distribution de tracts ou presque, sans relais des partis qui constituaient en 2012 le socle des réunions électorales.

Il faut s’y faire, la version 2017 de la campagne est virtuelle mais elle produit des effets concrets. « On est en train de faire la démonstration qu’il y a un monde qui s’organise en dehors des médias officiels », confiait le candidat fraîchement soutenu par Ensemble ! puis le PCF, dans un article d’Arrêt sur Image consacré à sa campagne sur Youtube, réseau de vidéos partagées sur Internet. Dans cet article fouillé, on apprend que Jean-Luc Mélenchon est devenu un phénomène des réseaux sociaux et que cet élément n’est sûrement pas étranger à l’afflux de ce soir d’automne dans le cœur du Bordeaux bien habillé.

Et il faut bien dire qu’ils faisaient un peu tâche, ces jeunes précaires massés devant le Fémina, observés par les passants sortant des lieux de rendez-vous chics des alentours de la place Gambetta. Présent sur la rue pavée, le journaliste de l’Humanité a vu cette confrontation étrange mais cordiale : « “C’est quoi ça ? Une manif ?” Depuis le cours de l’Intendance, à Bordeaux, deux quadras impeccablement vêtus regardent avec incrédulité une rue de Grassi noire de monde. “Pas loin, ici, on veut abolir la loi El Khomri”, répond un groupe de jeunes, avant de rejoindre la foule qui se presse pour assister au meeting de Jean-Luc Mélenchon. » Comme si la Nuit debout prenait ses quartiers là où on attendrait plutôt la Manif pour tous…

De fait, même si les militants sont très minoritaires dans le public de ce soir-là, une immense majorité de participants a œuvré dans la lutte contre la loi El-Khomri et applaudi à tout rompre quand l’orateur envisage son abrogation. Cette sociologie n’est d’ailleurs sûrement pas étrangère à la tonalité du discours de Mélenchon. Il avait annoncé un discours aux couleurs vertes. Ce qu’il fut, dans sa première partie, le candidat dévoilant et expliquant sa règle verte : « On ne prendra pas à la terre plus qu’elle ne peut produire ». Mais rapidement, cette priorité écologique est rattrapée et conjuguée avec l’urgence sociale. Il faut dire que quelques jours avant, la droite s’était choisi un programme de combat antisocial particulièrement virulent. « C’est une bonne chose que la droite ait choisi ce qu’est vraiment la droite, déclarait Jean-Luc Mélenchon. Fillon, c’est le libéralisme économique le plus absolu et le conservatisme intellectuel et moral le plus total. Nous allons pouvoir confronter nos idées sans masque, opposer deux visions du monde. »

Et, égrenant le programme de celui qui a déjà fragilisé par deux fois le système de retraites, Jean-Luc Mélenchon dévoile alors une vidéo dans laquelle François Fillon s’engage auprès du grand patronat à « une forme de blitzkrieg [guerre éclair] » : « en utilisant tous les moyens que donne la Ve République : les ordonnances, les votes bloqués, le 49-3… nous ferons passer les 6-7 réformes fondamentales qui vont changer le climat de l’économie et du travail dans notre pays. C’est évidemment l’abrogation des 35 heures et la suppression de la durée légale du travail, le nouveau code du travail, la réforme de la fiscalité du capital, la réforme de l’assurance chômage, de l’apprentissage, et les premières mesures d’économies sur le budget de l’État. » Face à une telle déclaration de guerre (même éclair), Jean-Luc Mélenchon réactive un clivage auquel il avait annoncé vouloir tourner le dos, tentant d’incarner le discours de la gauche issue des conquêtes « du mouvement ouvrier et du communiste Ambroise Croizat » et assumant le caractère profondément « socialiste » de son programme. Ce que les auditeurs ont bien compris : « C’est nous l’alternative, c’est nous la gauche. Le PS est cramé, inaudible. Il ne propose rien de crédible contre la droite », scandait un participant interrogé par I’Humanité.

De fait, faisant le bilan d’une soirée à laquelle beaucoup avaient participé en « observateurs », les petits groupes se forment et s’éparpillent après deux heures de discours de Jean-Luc Mélenchon et constatent, sans taire leurs critiques ou leurs distances, que le candidat les a souvent enthousiasmé parfois enflammé. Un peuple critique mais en recherche donc, qui prendra le train de celui qui s’opposera le mieux à la Blitzkrieg. Et tant mieux s’il parle d’espoir, de révolution et de partage.

1 – Le meeting de la Médoquine avait eu lieu le 1er décembre 2011.

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