Joyeuse, sincère et volontaire bonne année !

Ecrit par radisrouge sur . Publié dans Balades, De la sensiblerie dans le radis, La politique, c'est la vie. Ou presque

Quatre jours que je regarde mal ceux qui arrivent à sourire en se souhaitant une bonne année. Quatre jours que je me dis, pompeusement peut-être, qu’on a le droit de combattre mais pas de souhaiter. Pendant quatre jours, j’ai en fait oublié ce qu’avec les amis-es des Nouvelles nous avions décidé de mettre de la poésie dans cette nouvelle année. Voici comment je l’ai justifié:

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Brins de poésie avant le combat.

Inutile de faire la liste des sombres affaires traversées en 2015 pour comprendre qu’il a fallu une bonne dose de Champagne pour se souhaiter une bonne année ce 1er janvier. Mais les lectrices et les lecteurs des Nouvelles sont des combattants du quotidien, dans leurs engagements politiques, syndicaux, associatifs,… L’accablement peut parfois les effleurer, la capitulation jamais. La rédaction des Nouvelles a donc réfléchit à ce qui leur serait le plus utile avant de repartir aux combats. Et puis, la réponse est venue assez simplement : un brin de poésie. Plusieurs même. Car comment faire partager son idéal quand on ne prend pas le temps de l’exprimer ?

Et c’est d‘abord auprès de femmes, de combattantes, que nous l’avons trouvé. Chez Rosa Luxemburg, évidemment. Depuis ses cellules d’enfermement, la révolutionnaire allemande a produit quelques unes de plus belles lettres politiques. Elle y parle d’amour, de révolution, de poésie, des petits oiseaux et de ses colères. « Au milieu des ténèbres, je souris à la vie, comme si je connaissais la formule magique qui change le mal et la tristesse en clarté et en bonheur », écrivait-elle. La lettre que nous reproduisons ici est une des dernières qu’elle ait pu faire parvenir à son ami intime, Hans Diefenbach avant qu’il ne soit emporté par la guerre, en octobre 1917. Elle est traversée par cette volonté farouche de vie et, un siècle plus tard, elle nous parle encore.

Comme la chanson d’Anne Sylvestre écrite en 1969 mais qui semble avoir été chantée pour les progressistes d’aujourd’hui. « Rose à l’espérance fidèle / (..) / Vous qui refusez la tempête / Et redressant toujours la tête. » Comme 90 familles, Anne Sylvestre a eu la douleur d’apprendre la mort d’un proche, le 13 novembre dernier. Jeune, amoureux lui aussi de la musique, il est tombé sous les balles de haine dans la salle du Bataclan. La chanteuse a 80 ans et une douleur en plus mais elle continue de trimballer ses mots, son courage et son amour de la liberté, simplement.

Le courage, celui de Rosa Parks, salué par des artistes divers sur la grise rue d’Aubervilliers, dans ce Paris pauvre mais coloré.

Ces mots, ces images ne règlent rien. En 2016 comme en 2015, il nous faudra batailler, lutter contre les vents contraires. Parfois même, nous nous égueulerons pour savoir dans quelle direction aller. Nous aurons alors bien fait de relire Rosa Luxemburg qui, en janvier 1917, écrivait sa « colère » dirigée contre son amie Mathilde Wurm : « Etre humain, ca veut dire être solide, clair et calme, oui, calme, envers et contre tout, car gémir est l’affaire des faibles. (…) Le monde est si beau malgré toutes les horreurs, et il serait plus beau encore s’il n’y avait pas des pleutres et des lâches. Allez, va ! Je te fais un baiser, car tu es, malgré tout, un brave petit gars. Bonne année ! »

Si Rosa depuis son cachot en 1917 pouvait dire cela avec tant d’énergie et de bonté alors, nous pouvons bien nous lancer un joyeux, sincère et volontaire : Bonne année !

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