Pas plus de désamour que de désespoir

Ecrit par radisrouge sur . Publié dans L'ovalie, c'est l'école du radis, La politique, c'est la vie. Ou presque

C’était le désamour, disaient-ils. Un pays qui préférait parler social plutôt que football. Pas la France, à coup sûr. Non, en France, quand les travailleurs descendent dans la rue, on leur dit que « ça suffit », et qu’on aimerait bien faire la première page entière sur le football.

C’était au Brésil qu’était le désamour. Révoltés par les milliards dépensés pour le foot-business, dégoûtés par les inégalités dans leurs quartiers, les brésiliens devaient dire assez. Etonnant d’ailleurs, comme l’a révélé un camarade blogueur (1), que ces médias français qui demandent içi aux travailleurs de se taire et réclament là-bas qu’on entende la colère… Il y a des pays où la colère grondait et qu’on a moins entendus…

Bien, ne tordons pas le bâton. Heureusement, il y a de la colère au pays de Lula. Les inégalités, l’injustice, la violence sociale et la violence tout court,… Ces fléaux sont loin d’être éliminés et la politique menée là-bas n’est pas exempte de contradictions, parfois fortes. Hors de question de l’ignorer. Mais pas question non plus d’ignorer que les médias européens, qui se taisent sur le Traité transatlantique, comme ils se sont tus lors des coups d’Etat menés par les USA en Amérique du Sud et Amérique latine, que ces médias là ne manquent jamais de relayer un conflit au Venezuela, une émeute au Brésil ou un blogueur maltraité à Cuba. Se faisant, quels intérêts servent-ils ? Ceux des peuples de ces pays ? On peut en douter.

bresilToujours est-il qu’il m’a semblé que le peuple du Brésil était en phase, l’autre soir, avec ses footeux. La foule n’était pas en désamour. Est-ce pour autant qu’elle est aveugle ? Depuis toujours, le cœur du radis rouge est plutôt ovale. Je préfère la complexité des règles, la brutalité des rapports, la franchise du contact. Mais j’avoue que j’ai du mal à résister à la fièvre d’un Mondial tout rond. Surtout quand il nous offre les images d’un Brésil pluriel, souriant, divers, festif et vivant. Est-ce parce que je suis un indécrottable optimiste ? Moi, de voir ces millions d’humains regardant dans la même direction, ca me donne de l’espoir. Parce que nous sommes ensemble, dans la rue ou devant les grands écrans, riant ou pleurant mais ensemble. Je sais, je suis niais mais je trouve que ce partage là est irrésistible. Parce qu’il montre des peuples qui se parlent.

Alors non, il n’y a pas de désamour. Contester les règles du sport-business, nous ne sommes pas suffisamment à le faire. Moi je veux le faire pour que les peuples se réapproprient ces moments. Alors quand je vois ces photos de brésiliens passionnés par le rond, je suis heureux que les grincheux aient eu tort. Aussi heureux qu’au moment d’envoyer un chèque de soutien aux grévistes de l’hôpital de Bagatelle. Heureux aussi parce qu’un pays où on cesse de se passionner, même pour le futile, c’est un pays bien mal barré. Mais peut-être que c’est cela qu’ils espéraient, en secret, nos grincheux ?

(1) http://josefort.over-blog.com/2014/06/bresil-imposture-et-aveuglement.html

Mots-clefs : , , ,

Rétrolien depuis votre site.

Laisser un commentaire