Pour changer la monnaie !

Ecrit par radisrouge sur . Publié dans La politique, c'est la vie. Ou presque

Avec mon ami, l’Asperge noire, nous avons écrit cette tribune qui passe aujourd’hui dans l’Humanité. Pour contribuer au débat et, surtout, inciter à l’action !

Construire des luttes pour changer enfin la monnaie

Le coup d’Etat financier dont la Grèce a été victime le 13 juillet n’a pas fini de nous interpeller. Le choc de la défaite – fut-elle provisoire, est à la hauteur des espérances que les progressistes de toute l’Europe avaient placé dans le mouvement proprement révolutionnaire à la manœuvre dans ce pays. Nous n’avons pas fini d’en analyser les causes et les conséquences. Il faudra du temps pour cela. Mais la situation nouvelle crée dans le continent par ce coup d’Etat exige en même temps que la gauche révolutionnaire mette rapidement sur la table des analyses, des stratégies et plus basiquement des revendications capables de créer le rassemblement nécessaire pour changer l’Europe et en finir avec cette fuite en avant du capitalisme fou. Oui fou qu’il est face à une crise systémique dans laquelle il n’en finit pas de se débattre, sacrifiant les peuples les uns après les autres. Il y a à cet égard, un certain aveu de faiblesse dans la violence déployée le 13 juillet.

Nous pensons cependant que le parti communiste a ici le devoir de résister au slogan simpliste et réducteur de sortie de l’euro. Le peuple grec l’a bien compris, lui qui a réussi à mettre la question du fonctionnement de la monnaie unique sur la table, mais qui a en même temps toujours refusé le Grexit. Hors les mouvements d’extrême droite qui n’ont jamais dessiné d’avenir mais que des reculs, seul le gouvernement allemand se satisferait de cette possibilité. En sortant la Grèce de la zone Euro, le capitalisme allemand espère démontrer encore aux peuples européens la signification et le but de cette monnaie unique : l’euro reste une arme de mise en concurrence sur le marché mondialisé, qui justifie que les travailleurs de cette zone soient soumis aux exigences de concurrence et que ceux qui sont trop faibles pour cela nous quittent ! C’est une arme économique de guerre.

Alors en Grèce, en France et certainement partout en Europe, beaucoup de militants avancent l’idée que si, définitivement, les conditions de l’Euro sont celles-ci, mieux vaut souffrir en sortant que mourir en restant. Dans le cas de la Grèce, c’est faire peu de cas du faible poids de l’économie en question et de l’isolement qui en aurait résulté. Mais, plus fondamentalement, c’est dans ce moment précis mettre en évidence la faiblesse du rapport de forces en présence. Où étaient les soutiens de la Grèce pour un scénario alternatif ? Certainement pas en France où le président de la République a commencé son mandat en ne renégociant pas le pacte budgétaire européen. Hélas pas non plus dans les autres pays du Sud (Espagne, Portugal, Italie) où les majorités en place avaient intérêt à tout sauf à ce que leurs peuples se rendent compte qu’il y avait d’autres voies possibles que les cures désastreuses auxquelles ils les ont soumis.

C’est pour autant bien cette convergence d’intérêts dont nous avons besoin pour une Europe solidaire et pour une monnaie commune forte, parce que porteuse d’un développement humain et durable de l’économie. Une convergence pour changer les règles, à commencer par celles qui régissent la Banque centrale européenne (BCE). Nous communistes, avons dès le départ contesté les règles de fonctionnement de l’Union européenne et de la monnaie unique. Et dès le départ, nous avons tracé des pistes pour une Europe respectueuse des souverainetés nationales, ouverte sur le monde et en particulier sur la Méditerranée. Ainsi, les économistes communistes mettent-ils depuis longtemps en débat l’idée d’une création monétaire directement liée aux besoins sociaux, environnementaux, économiques (1). Une création monétaire qui soit sous le contrôle citoyen et qui réagisse aux sollicitations de la société.

C’est trop long ? Faites une pause !

On en est bien loin aujourd’hui. C’est pourtant bien cette question que la résistance du peuple grec met en débat sur la scène européenne. Mais nous avons aussi le devoir de relayer ici cette question. Par solidarité et par intérêt direct. Ainsi, lorsqu’une piscine, une école ou une médiathèque n’est pas construite ou rénovée dans une commune, pourquoi ne pose-t-on pas la question de l’accès aux crédits bancaires et du poids des charges financières dont il faudrait se défaire ? Pourquoi ne le fait-on pas quand une PME se voit contrainte de licencier alors que les banquiers, eux, ne bougent pas d’un pouce le curseur des intérêts ?

La question est certes complexe. Mais qui peut dire que cette question n’aura pas d’échos après les violents évènements dont les peuples européens ont été témoins début juillet ? Et qui peut le dire alors que dans tous nos territoires, fleurissent des initiatives de monnaies locales complémentaires dont le but doit nous interpeller directement. A Toulouse avec le Sol-Violette, au pays basque avec l’Eusko, à Libourne avec le MIEL, des collectifs de citoyens réinventent à petit échelle la monnaie, en affichant l’objectif de « reprendre la maîtrise citoyenne de l’usage de la monnaie » et de son « utilité sociale ».

Mais ces initiatives, comme la proposition exprimée par certains économistes d’un regroupement des « petits » pays pour créer un système monétaire alternatif au niveau européen, n’ont de sens que si elles constituent un chemin pour changer durablement le paysage européen, en « grand ». Il s’agit, encore une fois, d’une question de rapport de forces. Malgré le coup de massue, nous avons de bonnes raisons de croire que ce rapport de forces est à construire ; le gouvernement grec et les militants de Syriza nous montrent un courage qui doit nous en donner au moins autant. Cela nécessite de développer ici des luttes et des revendications qui prennent en compte cette nouvelle donne autour de la monnaie. Cela ne passe pas forcément par des choses compliquées.

Le mouvement communiste et, en France, le Front de gauche doivent maintenir des objectifs élevés de transformation de la société. Concernant l’Euro, l’objectif est clair : changer ses règles de fonctionnement, passer d’une monnaie unique à l’usage de la domination des marchés financiers à une monnaie commune, au sens de bien commun pour répondre aux besoins des peuples. Mais si nous avons des objectifs élevés, si nous menons la bataille d’idée au quotidien auprès de nos concitoyens, nous devons aussi admettre que nous n’avons pas toutes les réponses. Le mouvement populaire est capable de construire des réponses innovantes. C’est à cela que nous devons aider parce que c’est là que se situe, encore, la force d’émancipation des peuples.

  • Voir notamment Denis Durand, « En finir avec le tabou monétaire », Economie et politique, Septembre 2013.

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