Un an après, résister, s’organiser

Ecrit par radisrouge sur . Publié dans La politique, c'est la vie. Ou presque

11 janvier. Un an a passé et nous avons maintenant une petite idée de ce qui se cachait derrière l’absence de slogan et les battements de mains incessants. C’était l’aphonie de ce qui s’appelle la gauche et la laideur grimpante du peuple des réactionnaires.
Un an après, il y a toujours de quoi s’affoler de l’absence de volonté d’avancer sur ce que veut dire Laïcité. Non, ce n’est pas contre la religion. Mais oui, cela autorise à la critiquer. Voilà pourquoi c’est si précieux. Et cela autorise même à mal la critiquer.

Un an après, Charb et Cabu ne sont plus là et Riss est blessé. La une de Charlie Hebdo n’était pas drôle cette semaine. Et alors ? Moi qui ai toujours acheté Charlie de temps en temps, même quand l’affreux Val donnait des boutons à mes camarades, je n’ai jamais considéré le « Je suis Charlie » comme un hymne d’adhésion à ce qu’ils étaient. Ca me rassure même que Juppé et d’autres ne soient plus « Charlie » quand il leur arrive de l’ouvrir ! Mais merde, a-t-on perdu à ce point le sens de l’humain et de la nécessaire poésie face à la barbarie ?
« Charlie », c’est le seul mot qui soit venu quand nous étions plantés devant nos écrans, à découvrir l’horreur. « Je suis… » En 2015, il faut savoir vite qualifier ce que tu ressens pour mettre à jour ton statut Facebook et coller des images sur tes sentiments pour trouver ta nouvelle photo de profil.

« Je suis… » Effaré, sidéré, horrifié,… Oui. Mais n’avions nous pas tous le sentiment que nous n’avions encore rien vu ? Les monstres faisaient quoiqu’on en dise basculer notre société. La guerre qui sévissait au pire à la télé, au mieux dans les colonnes du Monde Diplo ; cette guerre contre laquelle nous avions tant et tant manifesté – nous étions-nous résignés ?, cette guerre a traversé les frontières, les mers et a pénétré presque dans nos quotidiens. Les réfugiés noyés sur nos plages avaient bien tenté de nous prévenir… Les enfants morts aussi sous les balles devant une école parce qu’ils étaient juifs n’avaient pas réussit à nous alerter…
Il n’y a plus de mot pour dire ce que cela fait quand enfin cela arrive au cœur, aux tripes et aux quelques neurones qui ont encore la force de s’agiter. « Je suis Charlie. » La formule était bienvenue parce qu’elle maintenait l’abstrait du sentiment qui nous habitait. Elle nous réunissait dans cette peur indicible, dans cette sidération commune.
Car c’est bien, un an après, ce qu’il reste au peuple de la République. On se déchire pour savoir si la laïcité peut fonctionner sans l’égalité. Certains sont prêts à la jeter aux orties, dans le même sac que le libéralisme destructeur et le racisme lancinant qui l’empêchent d’œuvrer. D’autres se cachent derrière elle et les mots de la République pour jeter à l’oubli l’ambition sociale qui devrait être la sienne. Ils ont piétiné le socialisme ; ils s’acharnent maintenant à graver la République militaire dans les consciences.
Un an après, le peuple d’ici semble toujours sidéré, quand il n’est pas converti à ces nouveaux dogmes. Impuissant. Un an après pourtant, je ne suis plus résigné. Nous n’avons pas les outils pour lutter à armes égales, c’est vrai. Mais nous avons le devoir de résister. Parce que le pire est bel et bien annoncé. Alors il faut s’organiser. Je ne laisserai pas mes enfants prises dans ce tourbillon de violence et de haine. Petit à petit, de réseaux en réseaux, le mot solidarité peut reprendre son sens. Savoir sur qui on peut compter, où sont les ressources. Cela se passe dans les quartiers, dans les entreprises, dans les associations, dans les syndicats et dans nos partis. Cela se voit dans une braderie de jouets, autour d’un apéro entre voisins ou dans un porte-à-porte. On discute, bien sûr. On se donne du courage, deux-trois arguments. On agit aussi, au niveau du possible, pour réapprendre le collectif. Que nos gestes du quotidien redonnent du sens aux grands discours.
J’arrête car cela pourrait ressembler à une recette. En tous cas, un an après, je crois encore en ces mots : solidarité, collectif, résistance. Je trouve que c’est déjà pas mal.

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