La vie des 256 fusillés dans un bouquin

Ecrit par radisrouge sur . Publié dans La politique, c'est la vie. Ou presque

Ce dimanche après-midi, j’arpenterais avec d’autres la terre boueuse du camp de Martignas pour rendre hommage, comme chaque année, aux 256 ouvriers et paysans qui ont été fusillés dans cette Lande girondine entre 1940 et 1944. Parmi les 256, il y avait mon arrière-grand père. Parmi les prisonniers de Mérignac, mon grand-père. Il faudra en reparler parce que le période l’exige. En attendant, le livre produit par le comité du Souvenir de Souge est une mine d’histoires humaines. A se procurer très vite, ici.

C’est un ouvrage à la fois érudit et très humain que vient de produire le Comité du souvenir des fusillés de Souge. Dans cette Lande girondine, au camp de Souge occupé par l’armée allemande dès 1940, ce ne sont pas moins de 256 hommes, résistants pour la plupart, qui ont été fusillés entre 1940 et 1944. « Avoir été rebelles en refusant l’occupation et le fascisme les réunit dans une mort identique. Pourtant que de différences entre eux… », commente le professeur d’histoire contemporaine Bernard Lachaise, dans une préface qui rend un hommage appuyé au travail bénévole des membres du Comité pour réaliser cet « ouvrage de synthèse et de référence ».

Chacune des pages de ce livre à entrées diverses est en effet consacrée à sortir ces hommes de l’anonymat. Car si quelques noms ont été depuis longtemps popularisés par le travail de mémoire mené en Aquitaine, beaucoup restaient dans l’ombre. Pour chacun des 256 fusillés, le Comité reconstitue dans cet ouvrage une biographie sommaire, laissant place aux conditions de vie, de travail, aux familles. Et bien sûr, pour chacun, les conditions d’arrestation et d’exécution sont narrées, ainsi que les activités de résistance. Ce qui conduit l’ouvrage à reconstituer une bonne partie de l’activité de Résistance dans le Sud-Ouest. C’est donc un colossal travail de recherche et de recoupement qui a patiemment été réalisé, à la suite d’une première publication d’un « hommage » par le même comité, en 1991. Mais pour George Durou, président du Comité et lui même prisonnier au camp de Mérignac jusqu’en 1943 (avant d’être déporté au camp de Sachsenhausen), l’essentiel n’est peut-être pas là. Dans une courte mais directe conclusion, ce militant communiste de toujours lance un sincère appel à l’engagement : « Si la lecture de cet ouvrage vous a donné envie de faire quelque chose, aujourd’hui, pour éviter que pareille situation se reproduise, c’est tant mieux. Si vous voulez rejoindre ce combat avec nous, ou avec d’autres, faites-le, en portant un regard sur l’Histoire qui éclaire pour construire l’avenir, le vôtre et celui de tous. »

En rappelant l’histoire de chacun de ces 256 personnages, ce livre retrace la diversité autant que le commun de ceux-là qui ont eu affaire à la vision du monde de l’Allemagne nazie et de ses petites mains dans l’Hexagone. Une vision où les bouc-émissaires sont légion et où l’humain n’est plus rien. Rappelant ceci et rappelant la nécessité de se lever contre de tels projets, cet ouvrage est d’une urgente et très contemporaine utilité.

 A commander au Comité du Souvenir des fusillés de Souge – 44, cours Aristide-Briand – 33000 Bordeaux. Chèques à l’ordre de « Editions du Bord de l’Eau ».

La commémoration annuelle des fusillés de Souge aura lieu le 26 octobre au Camp militaire de Martignas-sur-Jalles (33).

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